Le convoi en images.

Y’A PAS PHOTOS

Quelques 70 photographies. Autant dire pas grand chose par rapport à la quantité d’instants magiques qui ont émaillé ce convoi “Cap sur la Cop” de Notre Dame des Landes à Versailles.
Cet album est donc forcément partial, partiel et très incomplet au regard de toutes les images gravées dans l’esprit et dans le coeur de chacun-e des participant-es.
Retranscrire en images cette aventure collective n’a pas été pas chose aisée: d’abord parce qu’aucune photographie ne saura en retranscrire la densité, la richesse et la force.
Ensuite, à cause du contexte actuel: l’état d’urgence décrété par le gouvernement ne concerne malheureusement pas l’urgence à agir et réagir contre un système économique et social suicidaire. L’état d’urgence permet de criminaliser celles et ceux qui croient encore qu’un monde différent est possible, et qui se battent pour lui permettre d’exister. Pour le faire émerger des décombres de la peur instrumentalisée, de la discrimination orchestrée et de la répression généralisée.

Certain-e-es d’entre nous se retrouvent ainsi assigné-e-s à résidence, alors qu’au vu de la situation critique et du peu d’espoir que soulèvent les tractations entre dirigeants lors de cette mascarade qu’est la 21è conférence des parties, beaucoup d’entre nous se sentent assigné-e-s à résistance.

Lors de cette tracto vélo, nous avons été précédé-e-s et suivis par les services de gendarmerie, de police et par une tripotée d’agents du renseignement qui ne se sont pas privés, malgré nos précautions, de filmer et photographier le convoi sous tous ses angles.
Ces images iront grossir les fichiers qui, notamment, stigmatisent les personnes qui résistent contre le monde absurde et inhumain qui s’impose un peu partout de façon autoritaire.

Dans un tel contexte, les images qui documentent nos luttes sont des données sensibles, que l’Etat n’hésite pas à utiliser dans un but de fichage, afin de neutraliser les militant-e-s.
Difficile de rester spontané-e dans ces conditions avec un appareil photo au poing, quand on sait qu’il peut être détourné en une arme cotre les personnes photographiées.
Pas un instant cette idée ne m’a quittée alors que je prenais des photos pour l’automédia de notre tracto vélo, avec pour priorité de protéger les personnes qui m’ont accordé leur confiance. Dans ces conditions, l’autocensure devient vite une seconde nature. Et c’est l’un des nombreux dangers de cet état policier en devenir, que de faire insidieusement, doucement mais surement, disparaitre les traces de cette contestation, de cette indispensable insoumission.
Alors, à nous, photographes, vidéastes, dessinatrices, preneuses de sons, de trouver les moyens créatifs nécessaires afin que nos combats continuent d’être documentés. Afin d’en garder trace pour les potentielles générations futures. Afin de refuser que l’image de la contestation n’existe que dans les fichiers de police ou sous forme de caricature dans certains organes de presse.
Morka

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« On vous laisse le Bourget, on prend Versailles ! » – Récit accéléré des 3 derniers jours de route et du banquet final des convois.

« On vous laisse le Bourget, on prend Versailles ! »

Récit accéléré des 3 derniers jours de route et du banquet final des convois.

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Convoi Cap sur la Cop, 28 novembre 2015, étape entre Emancé et Versailles.

Convoi Cap sur la Cop, 28 novembre 2015, étape entre Emancé et Versailles.

// Jeudi 26 – Préaux sur Perche/Coulomb – Chaud à vélo !

Le jeudi est marqué par la traversé de l’Eure et Loir et la plus grosse étape de notre équipée : 80km de route pendant lesquels résonne régulièrement l’hymne du convoi sur l’air de « Chaud cacao » . « Chaaaaud à vélo!! Chaud, Chaud, Chaud sur Paris (sur Paris) Cap sur la COP 21 , Nous on recul’ devant rien!  ». Nous devons déjà nous arrêter ce soir à Coulombs à 10km de la frontière avec l’Ile de France et le département des Yvelines. Un groupe d’une dizaine de personnes a été missionné pendant la journée pour trouver des hypothèses et plans à proposer en assemblée pour le lendemain. Nous savons que Saclay est déjà bardé de policiers et la Préfecture des Yvelines nous a redit la veille qu’elle ne tolérerait pas l’arrivée de notre convoi sur son département (qui est situé en Ile de France où l’interdiction de manifester est totale). Nous envisageons de parvenir à avancer, mais aussi la possibilité d’être bloqué-e-s à Epernon sur la zone « frontalière ». Nous partons sur place en répérage pour, le cas échéant, pouvoir y déployer un camp sur un espace public et appeler alors publiquement à nous y rejoindre pour faire pression. Nous trouvons par ailleurs le contact d’un agriculteur qui a sa ferme juste 1km plus loin, mais à l’intérieur des Yvelines et qui se trouve tout disposé, au pied levé, à voir notre convoi se poser sur un de ses champs.

A la finde l’après-midi, tout le monde se retrouve sur un terrain boisé où le collectif qui nous accueille a dressé des barnums et guirlandes. S, personnage mythique qui venait, avec son camion-cuisine, nous offrir des crêpes au pied des barricades chaque dimanche pendant les expulsions a rejoint le convoi ce midi. Il s’est immédiatement remis à la tâche et distribue de nouveau ce soir frites et galettes. Ceux et celles de la marche D’Agen, partie à pied le 11 octobre sont déjà là. Face à l’incertitude de la situation, ils ont décidé de nous rejoindre prématurément, tout comme le convoi de l’est qui doit arriver le lendemain matin. Nous apprenons que 2 des personnes qui préparaient notre accueil à Saclay et sur Paris ont été perquisitionnées et assignées à résidence avec obligation de pointer 3 fois par jour au commissariat. D’autres perquisitions et assignations à résidence de militant-e-s et soutiens du mouvement ont eu lieu à Rennes, Lyon, Rouen ou dans une ferme en Dordogne.

Après la criée, les différents plans sont exposés. Il est tard et la décision sur les possibilité de passer en Ile de France est remise au lendemain matin. Quoi qu’il en soit les tracteurs et quasi tous les autres véhicules motorisés sont prêts à tenter de franchir la ligne rouge au moins jusqu’à Emancé. Nouveau coup de théâtre ! Juste après l’assemblée, à 10h du soir, une émissaire du ministère de l’Intérieur vient sur place, pour nous assurer que notre convoi ne sera pas bloqué dans sa traversée des Yvelines. Nous sommes dubitatifs. Elle nous met en lien direct avec la Préfecture qui confirme. Cogitations nocturnes…

// Vendredi 27 – Coulomb/Emancé – le manège enchanté

Le lendemain matin, lors de l’assemblée, les nouvelles arrivées pendant la nuit nous laissent 2 alternatives : pédaler le plus loin possible et monter un camp de fortune en route ou faire une première étape courte dans les Yvelines jusqu’à Emancé. La seconde option est privilégiée, pour être sûrs de compter sur une base stable, et avoir plus de temps pour cogiter, quitte à se lever à l’aube le lendemain. Des coups de klaxon sur la route nous annoncent l’arrivée du convoi de l’est. L’assemblée s’interrompt et tout le monde se regroupe à l’entrée du camp pour aller les saluer.

Le passage dans les Yvelines se fait sans encombre si ce n’est pour la voiture-balai. Ce camion 9 places et remorques, maillon indispensable du convoi, partait vide chaque matin et arrivait bien souvent plein, avec à son bord les vélos cassés du jours et leur malheureux propriétaires. Et ce même si certain acharnés, après une crevaison, prenaient leur pneu dans le camion, le rustinaient aussitôt en route et remontaient en selle à la première pause. A la sortie d’Epernon, un gendarme pris d’un osbscur coup de sang se jette sur le capot de la voiture-balai sans explications. Il lui intime l’ordre de s’arrêter en tapant sur le capot et sur les vitres. La voiture balai refuse d’obtempérer. Il tente d’ouvrir ses portières sans succès. Lui et ses collègues bloquent le tracteur qui la suit. La nouvelle court de talkies, en cris et téléphones jusqu’à la tête du convoi qui s’arrête net, solidaire. Après quelques minutes, le tracteur est libéré et le cortège repart.

Nous arrivons chez notre paysan providentiel d’Emancé. Il devait, à l’origine, nous proposer un terrain et nous ouvre finalement sa cour et ses bâtiments agricoles. Peu après, c’est l’heure de la vente à la ferme. Toute sorte de personnes arrivent et nous proposent des logements. D’autres vont voir la maire du village, qui, réticente tout d’abord, accepte de nous laisser les clés du foyer rural pour un dortoir improvisé, à condition qu’il soit nickel le lendemain matin pour un tournoi de belote. L’équipe cuisine se retrouve invitée à préparer les plats du banquet dans un gîte installé dans un château du coin. Nous sommes de plus en plus nombreuses.Le tenancier d’une école d’équitation, située un peu plus loin dans le village, nous invite à venir faire l’assemblée chez lui plutôt que de rester dans le froid et l’obscurité. Nous nous retrouvons à 400, concentré-e-s et stimulé-es, dans un fabuleux manège à chevaux assis sur le sable, debout ou plus haut sur les rambardes. Ce décor théâtral donne un souffle épique à l’assemblée et à l’élaboration de nos plans pour s’approcher de la capitale. La cantine expose ses craintes de ne pouvoir mener de front la préparation d’un repas pour le soir, celle d’un petit déjeuner quelques heures plus tard et celle du banquet du lendemain. Mais des cyclistes répondent qu’il n’y aura pas besoin de nouveaux repas ce soir, et qu’ils et elles sont même prêt-e-s à se passer aussi de petit dej’ le lendemain si il le faut. J., du groupe trajet, qui s’est prise pendant la semaine d’une passion obsessionnelle pour l’art de rouler en convoi, prévient l’assemblée : « Demain il y aura encore plus de véhicules et de cyclistes. Alors vous oubliez tout ce qu’on a fait jusqu’à maintenant et vous n’écoutez pas ce que diront les flics ! C’est nous qui décidons comment on s’organise et demain on va réinventer une autre manière de rouler en groupe. » Après avoir passé en revue diverses options, nous décidons de tout mettre en oeuvre pour aller jusqu’à…Versailles au portes de Paris et de déployer notre banquet sur la place d’armes. Tout le monde est plutôt excité par ce pied de nez à l’histoire, sans certitude d’y arriver, mais prêt à assumer que l’on nous fasse obstacle. Rendez-vous à l’aube.

// Samedi 28 – Le banquet des communes libres face à Versailles.

On pensait que le départ serait un casse-tête : sans que le soleil soit levé, après quelques heures de sommeil, avec toutes les nouvelles personnes qui nous avaient rejointes pendant la nuit et les voitures garées partout dans Emancé… Mais la détermination à aller jusqu’au bout nous tient et prend le pas sur l’inertie au démarrage qui menace tout grand groupe. Le convoi n’a jamais roulé aussi vite et bien ! A un moment donné, nous prenons la 4 voies, devancé-e-s et suivi-e-s par une escorte policière. Les gendarmes et leurs donneurs d’ordre semblent avoir pris acte du fait que nous ne nous laissions pas intimider. A un moment donné, le gouvernement a sans doute calculé que nous laisser continuer, en tout cas jusqu’à Versailles, était sans doute un moindre mal, plutôt que de se lancer dans un nouveau rapport de force, de risquer de nous faire plus de publicité et de susciter des élans de solidarité. Nous sommes détournés de Rambouillet vers la N10. Nous longeons Rambouillet puis passons dans Saint-Quentin en Yvelines. Ce sont des un fiefs plutôt conservateur, mais où le convoi se fait néanmoins encourager par de nombreux klaxons et saluts. Le 4 voies est à nous, vide de notre coté et pleine de l’autre. On s’arrête en plein au milieu pour une petite pause. On repart en passant devant Saint-Cyr et quelques autres bâtiments officiels copieusement gardés. Au fur et à mesure que nous approchons, la présence des forces de l’ordre est de plus en plus dense, celle des caméras des médias aussi.

A 2km de la place d’armes, nous sommes attendus par les personnes du bus parti de Nantes tôt dans la matinée, entre autres. Le convoi fait halte et tout le monde continue à avancer ensemble à pied derrière une grande banderole sur laquelle une phrase de Shakespeare a été peinte pendant la nuit : « Si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois ». A l’abord des édifices de la cour, un chant s’élève, repris en choeur, presque solennel : « fille de… » insolente complainte de gueux, paysan-n-e-s, aventurier-e-s, migrant-e-s, déserteurs-euses et de révolté-e-s de tous les temps. Nous faisons le tour de la place et entrons sur l’esplanade. Une dernière fois un rang de policiers cherche à nous contenir, en l’occurrence autour de la statue de Louis XIV. Mais nous continuons à avancer, et eux à reculer, jusque devant les grilles du château. Les tracteurs se mettent en rang entre nous et la police et des tables sont déployées en rond. De nombreux parisiens, à qui le rendez-vous de Versailles a été donné dans la matinée, arrivent avec une bouteille ou une tarte à partager. La place se remplit. Nous avons tenu notre pari. La cantine mobile du convoi, qui a cuisiné toute la nuit, a été rejoint par une autre cantine suisso-germano-néérlandaise. Ils et elles ont donné le meilleur d’eux-mêmes, multiplié les plats et il y a des montagnes de nourriture. Un ami nous raconte qu’au cours du 19e siècle, marqué par différents moments d’insurrection populaire et par une forte ébullition révolutionnaire, les réunions politiques publiques ont été régulièrement interdites. Afin de se retrouver malgré tout, et pour tromper la loi, les cercles subversifs organisaient alors de grands banquets. En ces temps d’Etat d’urgence, dont la prolongation pour 3 mois a justement été décidé dix jours plus tôt à Versailles, le banquet d’aujourd’hui leur fait écho.

Une déclaration finale de circontance a été discutée la veille, puis pendant la dernière étape du trajet, avec quelques échanges en cours de route ou aux pauses pour finir de s’accorder sur les mots. Au milieu du banquet, 5 personnes montent côte à cote sur un banc et se passent tour à tour à la parole pour revenir sur les forces multiples du mouvement qui ont rendu ce convoi possible. Elles parlent des raisons qui nous ont menées jusqu’ici, du chemin parcouru, de l’accueil inoubliable des comités. Puis la voix d’un paysan qui est venu en tracteur emplit la place et clôt notre prise de parole sous les hourras :

« C’est le 16 novembre 2015, depuis Versailles, que le sénat et le parlement réunis ont décidé de prolonger de 3 mois l’Etat d’urgence sous lequel nous vivons aujourd’hui. C’est au titre de l’Etat d’urgence qu’il a multiplié les interdictions de manifestation, les perquisitions ou les assignations à résidence de personnes qui préparaient notre accueil à Paris. Mais ces mesures liberticides ne pourront étouffer les voix de tous ceux qui considèrent que les logiques économiques et politiques actuelles nous mènent droit dans le mur.

En 1871, Les versaillais avaient écrasé la Commune de paris. Les zads sont aujourd’hui comme autant de nouvelles communes libres. Et nous affirmons ici que ces communes ne se laisseront plus expulser. Nous avons contenus les troupes policières à l’automne 2012, et avons mis en défaite les politiciens pro-aéroport. Nous les mettrons en défaite une nouvelle fois s’ils s’entêtaient à revenir dans le bocage de notre dame des landes. Il n’y aura pas d’aéroport, la zad continuera à fleurir.

C’est à l’été 1973 pendant le premier grand rassemblement de la lutte du larzac que Bernard Lambert, figure des paysans-travailleurs a déclaré « les paysans ne seront plus jamais des versaillais ». Avec les paysans venus de la zad nous sommes fiers aujourd’hui de faire résonner de nouveau ce message ici-même.

Ce banquet n’est que le point final des convois. Il se veux un appel à continuer les luttes de terrain, à Paris comme ailleurs, dans les semaines, mois et années à venir. »

D’autres voix se succèdent ensuite pour parler du Convoi de l’est, des forêts du Morvan, des terres de Bure, de Saclay ou des Lentillères….A l’issue du banquet, notre clown fait la dernière criée juché sur le toit de la remorque des toilettes sèches, avec la foule compacte d’un coté et la police de l’autre. Des dizaines de mots donnés par les participants sont lus et reflètent l’émotion euphorique qui nous a emporté sur la durée du trajet puis pendant cette dernière journée. Un mot sur deux finit par « je vous aime… ». Beaucoup plébiscitent toutes les équipes qui assuraient le fonctionnement et la cohésion du convoi : la logistique, la cantine, la com’, le groupe trajet et soirées. Des mots encore viennent défier les puissants de ce monde, leur troupes et l’état d’urgence. Et une petite inquiétude quand même : « Comment faire mieux que Versailles pour la poursuite de la lutte ? »

Parmi les participant-e-s au convoi, certaines retournent en bus à Nantes, d’autres repartent en tracteur, d’autres encore restent pour continuer les manifs, cantines et débats pendant la Cop 21, en dépit des interdits Tout le monde s’embrasse et chacun a le cœur gonflé à l’idée que le corps composite qui s’est agrégé pendant le convoi puisse se fragmenter. Des promesses sont faites : de repartir ensemble sur la route, de se retrouver pour une grande fête le 15 décembre, de se revoir outils en main fin janvier pour les chantiers de l’appel d’offres lancé par la Zad pour remplacer celui de la Préfecture…Les occasions ne manqueront pas et ce qui s’est vécu cette semaine a, à coup sûr, changé une nouvelle fois le visage du mouvement, ouvert de nouvelle possibilités, confiances et complicités.

// La gavotte finale

Il y a parmi nous deux compères qui ont fait la route ensemble en tandem, alors qu’ils se connaissaient à peine avant le départ, et qui ne se sont pas quitté d’une semelle. Dans la foulée de la criée, ils entonnent ensemble une gavotte :« c’est dans 10 ans les avions ne décolleront pas » le groupe reprend en chœur chaque fois un peu plus fort.. « Leur aéroport ils peuvent toujours l’rêver, chaque jour un peu plus on les fera cauchemarder » Tout le monde danse en cercle, corps à corps…Un ami nous interpelle : « Comment veux-tu que le pouvoir vienne à bout de personnes qui éprouvent une telle joie à lutter ensemble !».

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Pour finir en Bonus – La ritournelle du convoi « cap sur la cop », écrite chemin faisant (sur l’air de «chaud cacao »)

REFRAIN x2

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Chaaaaud à vélo!!

Chaud, Chaud, Chaud sur Paris (sur paris)

Cap sur la COP 21

Nous on recule devant rien!

———————–

Partout où on pédale

Soutien phénoménal

Vélos, cabanes tracteurs

Y’a de quoi leur faire peur

Ils essayent d’nous bloquer

On s’laisse pas contrôler

On s’fout des arrêtés

On va manifester

REFRAIN x2

L’état d’urgence, la pluie

Et la gendarmerie

Galères et pneus crevés

On s’arrêtera jamais

“Patates et pois cassés”

Au moins jusqu’au banquet

Et malgré la flicaille

On marche sur Versailles

REFRAIN jusqu’à voix cassée

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Déclaration lue à l’arrivée des convois cap sur la cop à Versailles

Voici la déclaration collective lue par 5 participant-e-s au convoi parti de Notre Dame des Lande, samedi 28 novembre devant le château de Versailles. Cette déclaration s’est faite après une dernière étape épique de 60km entre Emancé et Versailles et devant un bon millier de personnes, déjà en train de banqueter goulûment sur de grandes tables juste après avoir pris la place d’armes. Un récit complet de cette tranche d’histoire suivra demain.

Vous trouverez ci-dessous et après la déclaration, une première série de photos.

Tracto vélo "Cap sur la Cop", étape entre Coulomb et Versailles, 28 11 2015.

Tracto vélo “Cap sur la Cop”, étape entre Coulomb et Versailles, 28 11 2015.

 

Tracto vélo "Cap sur la Cop", étape entre Coulomb et Versailles, 28 11 2015.

Tracto vélo “Cap sur la Cop”, étape entre Coulomb et Versailles, 28 11 2015.

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Salut à tous et toutes et merci d’être venus nous accueillir et partager un repas.

Nous sommes partis de Notre Dame des Landes samedi dernier avec 5 tracteurs, un triton, une cabane, une cantine mobile et 200 cyclistes de 1 à 70 ans. Nous roulons aujourd’hui depuis 7 jours. Nous sommes toujours ensemble et plus nombreux qu’au départ.

Notre tracto-vélo a été une entité à la fois soudée et riche de sa diversité à l’image du mouvement anti-aéroport.

Le convoi s’est construit avec les associations et organisations citoyennes, politiques et syndicales qui depuis de nombreuses années informent et agissent sur le plan juridique, militant ou celui de la contre-expertise. Autant d’associations et organisation qui ont assuré pas à pas l’ancrage du mouvement.

Le convoi s’est construit avec les paysans impactés de la Zone d’Aménagement Différé qui ont toujours continué à cultiver la zone menacée, malgré les menaces et pressions. Ils s’est construit avec tous les paysans de la région qui ont rejoint la lutte et participent pleinement à sa défense et aux projets agricoles.

Le convoi s’est construit avec les occupantes et occupants qui sont venus s’installer sur place à l’appel d’habitants historiques, qui ont participé pleinement sur le terrain à empêcher tous démarrages des travaux. Des occupants qui ont construit sur place des formes de vie, d’habitats, d’agricultures et d’organisation collective et partageuse, émancipées du diktat économique et des schémas dominants.

Le convoi s’est construit avec les comités et soutiens de toute la région et de plus loin encore toujours prêt à se mobiliser pour maintenir la pression contre le projet d’aéroport et à chaque fois que la zad a été menacée. Autant de comités et soutiens qui constituent le terreau populaire du mouvement.

Nous avons imaginé ce convoi dans un contexte lourd des menaces répétées du premier ministre et des pro-aéroport. Nous sommes venus à Paris pour y dénoncer une hypocrisie flagrante. D’une part, la volonté affichée en décembre, par le gouvernement, de lutter contre le réchauffement climatique. D’autre part, la menace de revenir quelques semaines plus tard pour expulser les habitants et paysans de la zad, détruire plus de 1600 ha de terres agricoles et de zones humides, ainsi que des dizaines de logis pour y construire… un nouvel aéroport.

Comme de nombreux habitant-e-s, paysan-ne-s, migrant-e-s d’autres parties du monde qui subissent déjà en première ligne les conséquences du réchauffement climatique, nous savons que notre salut ne viendra pas des échanges de marchés carbones entre lobbies industriels et gouvernements, encore moins du capitalisme vert. Nous voulons participer à une reprise en main, par les populations et mouvements de lutte, de l’avenir de la planète. Nous apportons depuis Notre Dame des Landes un double message d’espoir, celui qu’il soit possible d’arrêter ici et maintenant leurs projets nuisibles et imposés, celui qu’il soit possible ici et maintenant de tracer d’autres chemins.

Nous savions avant de partir que le gouvernement avait déjà prohibé toute les manifestations publiques prévues dans les rues de la capitale pendant la cop 21. Le lendemain de notre départ, un bataillon de gendarmes mobile a bloqué notre convoi pendant quelques heures pour lui signifier qu’il lui serait interdit de pénétrer en île de France. Le périmètre qui nous était prohibé a encore augmenté avec l’interdiction d’aller en Eure et loir en début de semaine. Nous avons pourtant continué à rouler et à avancer. Face à notre détermination sans faille les barrières se sont successivement levées.

Si les autorités ne voulaient visiblement pas de nous, ce n’était pas le cas des habitants des régions traversés, bien au contraire Les comités et soutien d’Ancenis, Angers, Le mans, Préaux sur perche, la Flêche, Coulombs, Emancé entre autres, nous ont accueilli chaque soir à bras ouverts. Ils nous ont ouvert leurs maisons, leurs champs et leurs salles des fêtes. Toutes ces personnes qui refusent de se laisser abattre par la peur et la résignation, nous montrent à quel point le mouvement de solidarité avec la lutte de Notre dame des landes est plus vivant que jamais. Ces personnes ne nous ont pas accueilli dans un simple geste de soutien mais parce qu’elles se battent elle-mêmes localement contre la privatisation d’une forêt publique, pour que des migrants aient un toit sur la tête, contre l’emprise de l’agro-industrie et pour l’accès paysan à la terre ou encore pour maintenir, face à un nouvelle zone commerciale, un jardin collectif à périphérie d’une ville. Grâce à elles et eux, ce convoi a été un moment absolument magique. Nous les remercions infiniment et les assurons d’être prêt à revenir les soutenir à notre tour à chaque fois que ce sera nécessaire. Nous regrettons fortement de n’avoir pu nous rendre hier à saclay du fait du blocus policier.

Nous sommes cependant parvenu aujourd’hui à Versailles, aux portes de paris.

C’est le 16 novembre 2015, depuis Versailles, que le sénat et le parlement réuni ont décidé de prolonger de 3 mois l’Etat d’urgence sous lequel nous vivons aujourd’hui. C’est au titre de l’Etat d’urgence qu’il a multiplié les interdictions de manifestation, les perquisitions ou les assignations à résidence de personnes qui préparaient notre accueil à Paris. Mais ces mesures liberticides ne pourront étouffer les voix de tout ceux qui considèrent que les logiques économiques et politiques actuelles nous mènent droit dans le mur.

En 1871, Les versaillais avaient écrasé la commune de paris. Les zads sont aujourd’hui comme autant de nouvelles communes libres. Et nous affirmons ici que ces communes ne se laisseront plus expulser. Nous avons contenus les troupes policières à l’automne 2012, et avons mis en défaites les politiciens pro-aéroport. Nous les mettrons en défaite une nouvelle fois s’ils s’entêtaient à revenir dans le bocage de notre dame des landes. Il n’y aura pas d’aéroport, la zad continuera à fleurir.

C’est à l’été 1973 pendant le premier grand rassemblement de la lutte du larzac que Bernard Lambert, figure des paysans-travailleurs a déclaré « les paysans ne seront plus jamais des versaillais ». Avec les paysans venus de la zad nous sommes fiers aujourd’hui de faire résonner de nouveau ce message ici-même.

Ce banquet n’est que le point final des convois. Il se veux un appel à continuer les luttes de terrain, à Paris comme ailleurs, dans les semaines, mois et années à venir.

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Le convoi arrivera dès 13h à Versailles – venez l’accueillir !

Samedi 28 – Le convoi roule sans encombres. Le banquet commencera dès 14h à Versailles, à priori sur la place d’armes (RER C Versailles – Château). Mais nous vous invitons à venir plus tôt sur place pour accueillir l’arrivée du convoi.

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Rendez-vous pour l’arrivée et le banquet de la tracto-vélo de Notre Dame des Landes et des autres convois venus d’espaces en résistance

/// Rendez-vous pour l’arrivée et le banquet de la tracto-vélo de Notre Dame des Landes et des autres convois venus d’espaces en résistance

Notre blog : http://marchesurlacop.noblogs.org
Autres sources d’infos web si le blog est inaccessible : http://zad.nadir.orghttp://anticop21.org
Notre compte twitter : http://twitter.com/MSLC21

La tracto-vélo partie de Notre Dame des Landes, rejoint par des convois partis d’Agen, de Dijon, Bure ou de Forcalquier se clôture aujourd’hui à la bordure de Paris pour un grand banquet des zads et autres espaces en résistance. Nous appelons ceux et celles qui souhaitent partager ce banquet avec nous en toute convivialité à nous rejoindre à

— 14h à Versailles au RER C Château de Versailles – rive gauche.

Venez avec de quoi festoyer et partager : une petite tarte salée, sucrée ou votre plat préféré.

//// Important – avant de nous rejoindre !

Nous espérons bien ne pas être bloqué par les autorités sur notre chemin. Si tel est le cas, nous le ferons savoir et appelerons à être soutenus. Dans le cadre de l’organisation de ce convoi, porté par les différentes composantes de lutte anti-aéroport – paysans, associations, occupant-e-s, comités de soutien – nous avons fait le choix d’éviter toute confrontation directe avec les forces de l’ordre. Cela ne nous a pas empêché de braver collectivement les interdictions de circuler et de manifester qui nous étaient faites ou de refuser collectivement les contrôles d’identité. Nous tenons à maintenir ce cadre commun pour le banquet d’aujourd’ hui, et à faire résonner la joie de nous tenir ensemble, et ce malgré la volonté du gouvernement de museler toute contestation. Nous convions toutes celles et ceux qui nous rejoindront tout à l’heure à tenir compte de ce cadre.

////Pourquoi faire tout ce chemin ensemble jusqu’à Paris et la cop 21 ?

Nous sommes plusieurs centaines de personnes en vélos, tracteurs et autres véhicules à avoir traversé des centaines de kilomètres pour être présents dans la capitale à la veille de la COP 21. Nous venons porter un message d’espoir, celui qu’il soit possible d’arrêter ici et maintenant les projets nuisibles , imposés et climaticides des gouvernants, celui que nous puissions enfin sortir de la marchandisation du monde. Ce banquet sera le point final des convois et un appel à continuer nos luttes à Paris comme ailleurs dans les semaines et mois à venir.

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CAP SUR LA COP – communiqué de vendredi matin

Coulomb, 27 novembre 2015.

Nous avons été informés par la préfecture des Yvelines que le convoi CAP sur la COP ne se trouverait pas bloqué lors de sa traversée de ce département.
Arrivés hier soir à Coulomb, nous avons été rejoints par le convoi d’Agen et par celui de l’Est. Nous continuons ensemble notre progression en direction de Paris.
Nous vous donnons rendez-vous pour assister à l’arrivée de la tracto-vélo à notre prochaine étape aux alentours de 14h, dans le village d’Emancé.
Vous serez ensuite conviés à un point de presse à 14h30 .

Pour toute information, vous pouvez nous contacter aux numéros suivants : 07 68 17 95 78, et/ou 06 95 06 81 49
Rendez vous dès 14h : 13 rue de Chaleine, 78 125 Emancé.

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vendredi c’est la folie !

bonjour,

 

aujourd’hui pas de récit de la journée d’hier, pas qu’elle ne fut interessante mais plutôt qu’on est pas mal occupés à ranger notre campement et préparer la suite. Hier, nous avons appris que nous ne serons pas bloqués dans les Yvelines, mais hier soir tard… alors qu’on avait déjà trouvé un lieu d’hébergement pas très loin du lieu actuel, qui est vraiment super d’ailleurs. a l’heure qu’il est, nous quittons notre petit bois, où nous avions posé des tentes et des barnums. la nuit a été fraiche mais tout le monde est en forme ce matin.

Notre rochaine étape se fait à Emancé dans pas très longtemps maintenant.

 

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Appel à braver l’état d’urgence

Je ne doutais plus que la civilisation comme on la nomme, ne fût une barbarie savante et je résolus de devenir un sauvage.

Anatole France, Jardin d’Épicure

« Plus tard, il sera trop tard #COP21 »

En matière de changement climatique, comme de menace terroriste, il semble que les gouvernements aient fait de la peur la mécanique intime de leurs mondes. En ces heures embrouillées, où la plus grande confusion règne quant aux parti pris et aux perspectives politiques qu’il est désirable de suivre, où la terreur est appliquée à tous les domaines de l’existence, de l’environnement à la fête, du chômage de masse à la circulation des personnes : un état de panique qui fait planer l’anéantissement de tout ce qui vit, sans autre voie de salut que de s’en remettre entièrement à ceux qui nous gouvernent. Il est grand temps d’affirmer que nous ne sommes pas terrorisés, et que nous n’avons pas besoin d’être sécurisés.

 

Le message schizophrénique qu’on ne cesse de nous rabâcher semble dire : « vous risquez de mourir à tout instant, restez calme : on va trouver une solution ».

Des quartiers mis sous couvre-feu sans lien avec les attentats du 13 novembre, les manifestations interdites, la fermeture des frontières face au flot de réfugiés qui viennent questionner le sens de nations à bout de souffle, une économie malade au chevet de laquelle ne cesse de se bousculer des médecins bornés et sûrs d’eux, l’imminence annoncée des catastrophes climatiques, environnementales et humaines. Gestion martiale du cours des choses, dont les remèdes finissent par être la seule maladie.

État d’urgence et nouvelles taxes carbones. Le malade, c’est nous : contrôlons-nous, sinon c’est la mort assurée, dès demain sous les balles terroristes, ou d’ici une cinquantaine d’années celle de toute la planète.

Au fond, pour les gouvernants un attentat ou une courbe de température ne sont rien de plus que des prétextes pour nous gouverner et stimuler l’économie : interdire les manifestations et encourager le shopping ; créer une police de l’environnement et industrialiser toute la forêt.

 

Il nous appartient de refuser l’interminable organisation du désastre, comme il nous appartient d’anéantir la quête de gloire et le désir de mort de certains de nos semblables. L’une et l’autre de ces architectures de notre temps sont au fond parfaitement homogènes.

La vie étant désormais le lieu même de la politique, il n’y a pas à s’étonner qu’elle soit la cible en tant que telle des États contemporains – quand bien même il s’agit d’États autoproclamés – mais si la vie est directement politique, alors plus que jamais continuer à vivre intensément, veut aussi dire vivre politiquement.

On voudrait nous faire croire aujourd’hui qu’il y a la guerre, celle du libéralisme occidentale contre le terrorisme islamiste. Une guerre dans laquelle la plupart d’entre nous aurons bien du mal à choisir un camp : une guerre d’États, de l’aveu du gouvernement français lui-même qui identifie l’ennemi par une fiche « S » pour « Sûreté de l’État ».

Et si ce sont nos corps qui sont touchés aujourd’hui, c’est bien parce que l’État et son armée se sont rendus intouchables, blindés dans des sommets surprotégés, envoyant des drones anéantir une « cible » et tout son quartier.

En réalité, nous sommes tous en guerre contre ce qui nous détruit. Il n’y a pas la guerre, il y a une multitude de guerres comme il y a une multitude de positions.

Nous ne sommes l’armée de personne, nous menons nos propres guerres pour construire les vies qui nous semblent désirables.

 

Durant la COP21, le gouvernement a annoncé que « pour des raisons de sécurité », seules les négociations entre dirigeants se tiendront, toutes les autres manifestations seront interdites. Nous refusons de remettre notre sécurité et notre avenir entre leurs mains.

Nous avons traversé en convoi des lieux où des personnes luttent concrètement contre le désastre environnementale, en cessant d’attendre qu’une décision extérieure viennent sauver leurs territoires. Nous ferons route vers Paris à la veille d’un sommet qui réunira des gouvernants du monde entier pour discuter d’aménagements économiques et de calculs environnementaux. Nous ne les laisserons pas être hégémonique, et décider de nos vies et de la texture de nos territoires, comme on joue au Monopoly.

Nous sommes en guerre contre la morbidité de notre époque et le nihilisme de notre génération, nous sommes en guerre contre le fondamentalisme religieux et la civilisation occidentale, dont l’opposition factice ne tient qu’au délai de leurs perspectives eschatologiques.

 

Douglas

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Communiqué – Le convoi parti de Notre Dame des Landes arrivera-t-il demain en Ile de France ?

Pour toute info sur la suite du convoi, pour être prévenu en cas de blocage policier :

contact presse dédié au convoi: 07 68 17 95 78
adresse mail: mslcnddlpress@riseup.net
Notre blog : http://marchesurlacop.noblogs.org
Notre compte twitter : http://twitter.com/MSLC21

Le convoi cap sur la cop est parti samedi de Notre dame des landes avec 200 cyclistes, 5 tracteurs, une cantine mobile, une cabane et un triton. Il est prévu qu’il passe demain vendredi d’Eure et Loire en Ile de France. Il a été informé dès dimanche lors d’un barrage policier qu’il lui serait interdit d’entrer en Ile de France. Nous sommes toujours aussi déterminé à faire résonner notre message lors de la cop 21. Nous continuons donc notre trajet.

Il est possible que la Préfecture décide dès demain de bloquer la poursuite du convoi. Nous appelons tous les collectifs et personnes solidaires à faire publiquement pression pour que ce ne soit pas le cas, et à venir nous soutenir sur place le cas échéant.

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Chronique de la troisième journée du convoi de l’est : l’état d’urgence n’a aucun Sens.

25 novembre, malgré les nuages noirs et lourds qui s’accumulent au-dessus de nos têtes les vélos empruntent les petites routes pour aller en direction de Sens, l’étape du soir. La journée s’annonce difficile : 90 km et des averses qui se préparent. Malgré l’apparente monotonie des grandes plaines calcaires et céréalières que l’on perçoit depuis les grandes départementales, on découvre de jolis coins d’Yonne en roulant sur les petites routes peu fréquentées qui sinuent parmi vallées, forêts, anciens corps de ferme et haras en briques… Les rafales d’eau qu’on avale sont l’occasion de tester l’étanchéité de nos protections de pluies et de faire des comparaisons entre nos sacs poubelles pour chaussures imperméables. On fait une pause à mi-chemin pour un bon repas chaud préparé par les copain.e.s du convoi véhicule. Le rapprochement avec la métropole francilienne est de plus en plus perceptible : certains villages se sont déjà transformés en villages-gîtes touristiques, tandis que quelques lotissements se construisent ici et là. Après tout, on n’est qu’à 150km de Paris, autant dire la proche banlieue…

On arrive à Sens vers 17h30 après avoir roulé près de 90 km, en respectant tranquillement le rythme de chacun.e malgré la longueur de l’étape et les intempéries. C’est vraiment chouette de fonctionner à une quinzaine de personnes en vélo avec un camping-car pour les besoins de repos et de logistique. Même si tout le monde n’a pas le même rythme que les pauses sont fréquentes, on est tout.e.s contents de prendre le temps de faire ce chemin ensemble, et conscients du sens politique de notre geste. Même si on n’est pas très équipés niveaux banderoles et tracts, et que nous ne sommes pas aussi visibles que le convoi de l’ouest, notre épopée commune pour rejoindre les mobilisations contre la COP21 nous remplit déjà d’une grande joie.

A Sens, on apprend que des gens proposent de faire un rassemblement devant la sous-préfecture de l’Yonne pour dénoncer la politique d’état d’urgence et ses manifestations répressives : instauration sans raisons apparentes d’un couvre-feu le week-end dans le quartier populaire de Champs Plaisants à Sens suite à une perquisition a priori non liée aux attentats du 13 novembre ; interdiction de manifestation en Ile-de-France ; blocage du convoi de Notre-Dame-des-Landes ; répression des manifestants du 22 novembre, convocations devant les commissariats, perquisitions réalisés dans différents lieux de vie et lieux politiques à Paris, et vagues d’assignations à résidence de personnes soi-disant investies dans des actions en vue de la COP21 dans différentes villes de France (toutes les infos sur https://paris-luttes.info et http://anticop21.org)… Le texte du tract est reproduit ci-dessous.

« Appel à rassemblement contre l’état d’urgence et la pseudo-politique sécuritaire à Sens et ailleurs 

L’Etat policier renforcé après les attentats du 13 novembre s’est encore étendu vendredi 20 novembre dans la petite ville de province de Sens par l’instauration d’un couvre-feu dans le quartier des Champs-Plaisants. La circulation a été interdite de 22h à 6h, obligeant les habitants à se cloîtrer chez eux. Sous couvert de sécurité, la mairesse a ainsi forcé l’annulation de deux concerts, et envisagé des mesures saugrenues touchant la vie des gens. Nous avons pu constater que la cité visée par ces mesures policières est pourtant très calme et ses habitants très accueillants et chaleureux : c’est donc bien une politique raciste qui s’applique ici.

Répondant à l’appel à converger sur la COP21 lancé par les ZAD et autres lieux de vie menacés par des grands projets destructeurs, nous sommes arrivés hier à Sens et nous avons été choqués par cette situation. Au même moment, le convoi parti de Notre-Dame-des-Landes, où des gens résistent à un projet démentiel d’aéroport, a été bloqué à Ancenis. Ce convoi circulant à vélo est maintenant interdit de circulation dans l’Eure-et-Loire, car il serait menaçant pour l’ordre public. Le lieu prévu pour la convergence des convois, le plateau de Saclay, nous est également interdit {la préfecture a déclaré une Zone de Sécurité Prioritaire sur le Plateau de Saclay, et déjà commencé à déployer des forces de l’ordre sur place. En outre des mails hallucinants appelant à la délation des « comportement suspects » notamment sur le campus de Supélec situé sur le plateau (plus d’infos sur https://paris-luttes.info}. Enfin le gouvernement, toujours sous couvert de nous protéger de menaces d’attentats, a interdit toutes les manifestations pendant la COP21. {…}

Cet état d’urgence ne nous protège pas ! Il restreint nos libertés et vise à limiter la capacité de s’exprimer des habitants des quartiers, des militants, à Sens comme dans le reste de la France. En solidarité avec les habitants des Champs-Plaisants et avec le convoi de Notre-Dame-des-landes, nous appelons à un rassemblement le mercredi 25 novembre, 18-19h00 devant la sous-préfecture de Sens ! »

L’interminable escorte sécuritaire

On est une petite vingtaine à se rejoindre la sous-préfecture. Quelques habitants du quartier des Champs Plaisants sont venus, certains par curiosité car ils n’avaient jamais participé à un tel rassemblement. Notre présence étant plus anecdotique qu’autre chose, on bricole une banderole « L’état d’urgence n’a aucun Sens », on dessine un petit truc sur le portail de la sous-préfecture et nous nous apprêtons à repartir quand deux voitures de la police municipale arrivent pour demander le nom des organisateurs. On décline et on s’en va en vélo et camping-car. Les deux voitures nous suivent jusqu’à la sortie de Sens, ce qui crée un sacré bouchon.

Quinze minutes après être sorti de l’agglomération, on tente de s’arrêter, en espérant qu’ils perdent patience et renoncent à nous suivre. Ca fait déjà une grosse demi-heure que cette néfaste escorte nous encadre. Mais ils n’ont visiblement que ça à faire et commencent d’ailleurs à nous casser les oreilles avec leur sirène pour nous mettre la pression. Du coup, on repart.

Une dizaine de minutes après une voiture de gendarmerie nous dépasse et s’arrête un peu plus loin. On s’arrête à notre tour, pris en tenaille entre les deux véhicules de police municipale à l’arrière et la voiture de gendarmerie devant. Le gendarme vient à notre rencontre pour nous demander qui on est, ce qu’on fait, où on va dormir ce soir, etc. On répond de manière évasive en disant qu’on dort au hasard des rencontres parmi les bois et les champs. Du coup le keuf, qui joue au gentil, insiste pour continuer de nous escorter « pour votre sécurité, car c’est dangereux de rouler sans gilets jaunes la nuit sur les petites routes de campagne ». Pendant qu’il joue au gentil sa collègue essaie de capter nos noms, nationalités (« ah vous avez un accent, vous venez d’où ? »), et surtout notre lieu d’arrivée du soir.

On ne veut surtout pas donner l’adresse du lieu où on passe la nuit, donc on ne dit rien, sinon qu’on ne va pas tarder à s’arrêter pour dormir quelque part et que ça ne sert à rien de nous suivre. Mais nous voilà reparti cette-fois ci « sécurisés » par deux voitures de gendarmerie qui nous prennent en tenaille, ralentissant toujours – au passage – la circulation.

Au village suivant on s’arrête à nouveau, cette fois dans un bar, pour boire un coup et temporiser, espérant toujours qu’ils nous lâchent la grappe et repartent exercer leur pouvoir de nuisance ailleurs. On s’attend à un peu de solidarité des quelques clients du bar à la vue de notre escorte bleue marine, mais visiblement voir plusieurs voitures de gendarmerie encadrer 15 cyclistes ça « ne les dérange pas ». Malgré la fatigue et la tension qui monte, on prend le temps de savourer une bière en terrasse. Ce qui donne le temps aux keufs d’envoyer des renforts : c’est vrai qu’il y a bien besoin de 4 voitures pour nous « sécuriser » dans la nuit noire.

Au bout d’une bonne demi-heure les keufs relèvent l’identité de la personne qui conduit le véhicule qui nous accompagne et menace de contrôler l’identité des autres. On commence à être sérieusement coincés entre deux alternatives toutes deux peu réjouissantes : donner nos identités pour échapper à une vérif’ voire une GAV, ou continuer tout droit jusqu’au lieu et le donner aux keufs. C’est alors qu’une personne qui passe par là propose discrètement de nous accueillir pour la nuit sur son terrain : c’est l’opportunité inespérée d’aller en lieu sûr pour que les flics nous foutent la paix. On se met donc en mouvement, ça fait bien deux grosses heures qu’on se fait harceler et on commence à être tout.e.s très tendu.e.s par la situation.

Pour couronner le tout, on se mange l’une des côtes les plus raides qu’on ait eu à grimper depuis le début du trajet. Mais vu que ce n’est pas suffisant, la météo décide d’en rajouter un petit peu en nous gratifiant d’une énorme averse de grêle qui inonde la route et nos combinaisons. Les clignotements bleutés des gyrophares sécuritaires se reflètent, comme un sordide écho, dans les torrents de pluie qui ruissellent sur la chaussée. La gueule dans la tempête, « sécurisés » et humiliés, on rêve que les petits grêlons deviennent des balles de glace pour crever l’habitacle des keufs et leur sale suffisance. Et que le déluge vienne pour engloutir à jamais l’Etat capitaliste et sa milice.

Mais ce sera pour plus tard, car après une bonne demi-heure de route sous cette pluie torrentielle, on arrive enfin à notre destination imprévue, la personne qui nous a proposé son terrain nous accueille avec une très grande générosité et une bonne compréhension, malgré nos explications un peu confuses. Les keufs tentent encore d’aller à la pêche aux informations en s’octroyant le droit de demander à quelle heure on repart demain et promettant leur retour à l’heure dite. On répond n’importe quoi, de toute façon on ne sera pas là demain matin. Après cette escorte interminable qu’on a du mal à croire terminée on se pose enfin sereinement pendant une heure, discutant entre nous et avec notre hôte pour faire le point sur la situation et décider de la suite.

Vers 22h30, les autres copain.e.s en voitures et camions viennent nous « exfiltrer » jusqu’au lieu où le reste du convoi motorisé nous attend. Après 4h d’escorte sécuritaire, quasiment 13h de vélo non-stop, et une bonne dose de côtes et d’averses on arrive enfin au chaud où de délicieuses crêpes nous attendent !

On n’est pas encore arrivés en Ile-de-France mais on y travaille. Escorte policière ou pas, sus à la COP et à son monde !

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