Le convoi en images.

Y’A PAS PHOTOS

Quelques 70 photographies. Autant dire pas grand chose par rapport à la quantité d’instants magiques qui ont émaillé ce convoi « Cap sur la Cop » de Notre Dame des Landes à Versailles.
Cet album est donc forcément partial, partiel et très incomplet au regard de toutes les images gravées dans l’esprit et dans le coeur de chacun-e des participant-es.
Retranscrire en images cette aventure collective n’a pas été pas chose aisée: d’abord parce qu’aucune photographie ne saura en retranscrire la densité, la richesse et la force.
Ensuite, à cause du contexte actuel: l’état d’urgence décrété par le gouvernement ne concerne malheureusement pas l’urgence à agir et réagir contre un système économique et social suicidaire. L’état d’urgence permet de criminaliser celles et ceux qui croient encore qu’un monde différent est possible, et qui se battent pour lui permettre d’exister. Pour le faire émerger des décombres de la peur instrumentalisée, de la discrimination orchestrée et de la répression généralisée.

Certain-e-es d’entre nous se retrouvent ainsi assigné-e-s à résidence, alors qu’au vu de la situation critique et du peu d’espoir que soulèvent les tractations entre dirigeants lors de cette mascarade qu’est la 21è conférence des parties, beaucoup d’entre nous se sentent assigné-e-s à résistance.

Lors de cette tracto vélo, nous avons été précédé-e-s et suivis par les services de gendarmerie, de police et par une tripotée d’agents du renseignement qui ne se sont pas privés, malgré nos précautions, de filmer et photographier le convoi sous tous ses angles.
Ces images iront grossir les fichiers qui, notamment, stigmatisent les personnes qui résistent contre le monde absurde et inhumain qui s’impose un peu partout de façon autoritaire.

Dans un tel contexte, les images qui documentent nos luttes sont des données sensibles, que l’Etat n’hésite pas à utiliser dans un but de fichage, afin de neutraliser les militant-e-s.
Difficile de rester spontané-e dans ces conditions avec un appareil photo au poing, quand on sait qu’il peut être détourné en une arme cotre les personnes photographiées.
Pas un instant cette idée ne m’a quittée alors que je prenais des photos pour l’automédia de notre tracto vélo, avec pour priorité de protéger les personnes qui m’ont accordé leur confiance. Dans ces conditions, l’autocensure devient vite une seconde nature. Et c’est l’un des nombreux dangers de cet état policier en devenir, que de faire insidieusement, doucement mais surement, disparaitre les traces de cette contestation, de cette indispensable insoumission.
Alors, à nous, photographes, vidéastes, dessinatrices, preneuses de sons, de trouver les moyens créatifs nécessaires afin que nos combats continuent d’être documentés. Afin d’en garder trace pour les potentielles générations futures. Afin de refuser que l’image de la contestation n’existe que dans les fichiers de police ou sous forme de caricature dans certains organes de presse.
Morka

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